Buzzword

Typiquement, un buzzword est destiné à créer l’impression decompétence auprès d’une audience. En général, les buzzwords sont choisis pour ne pas prêter à controverse. Plus ils sont universels, mieux c’est.

Un buzzword n’est pas un terme de jargon, car ce dernier est intentionnellement abscons, alors que le premier se veut simple, compréhensible, fédérateur.

Le registre des buzzwords puise, néanmoins, dans les nouvelles sciences et technologies, transformant un nouveau concept en un mot fourre-tout qui donnera aux simples d’esprit l’impression de participer à une nouvelle Renaissance.

Le buzzword peut apparaître dans les dictionnaires. Dans ce cas son sens en tant que buzzword ne correspondra pas nécessairement à son sens lexical (exemples : fonction opérationnelle, développement durable, vision stratégique).

Pourquoi utilise-t-on des buzzwords ?

Un point de vue positif attribue aux buzzwords la même fonction qu’au jargon scientifique : il s’agirait de termes forgés récemment pour décrire des concepts nouveaux, sans risquer une simplification excessive ou la confusion, comme cela pourrait résulter de l’utilisation de termes ou de phrases ordinaires.

En fait, les buzzwords dénoncés comme tels ont une fonction inverse du vocabulaire scientifique : loin d’apporter plus de précision que les mots qu’ils remplacent, ils s’agit de mots passe-partout transmettant peu d’informations, mais dont l’aspect sérieux doit intimider l’auditoire de manière à ce qu’il n’ose pas demander plus de précisions. L’usage de buzzwords permet donc ou bien de donner le change quand on n’a aucune idée précise, ou bien de cacher la réalité. Cette faculté des mots construits de toutes pièces à limiter la réflexion avait déjà été entrevue par Georges Orwell quand il inventa le novlangue.

En fait, les considérations sur la vacuité des phrases et l’intimidation ne sont pas forcément vérifiées dès qu’un mot de ce type est employé. Mais les médias satiriques montrent comment des phrases composées uniquement de mots de ce type peuvent avoir une apparence de sérieux pour un contenu réel nul. Le site Dilbert.com propose ainsi un générateur de phrases aléatoires composées de mots de ce type [1].

Cette fonction intimidatrice n’est pas limitée aux satires. Jérôme Kerviel avait fait la réponse suivante à une anomalie constatée : « Ca matérialise des give up de fûts faits tardivement, je dois de l’argent à la contrepartie. On va le rebooker asap » [2]. Selon l’analyse faite ultérieurement, cette phrase ne veut rien dire, mais la personne chargée des contrôles n’a pas demandé d’éclaircissements de peur de paraître stupide [3]. Les auteurs des Impostures intellectuelles soupçonnent de même de nombreux penseurs d’employer des mots issus des sciences exactes de cette manière. Eux-mêmes en tout cas ne voient aucun sens au vocabulaire employé, soit que des mots sont employés comme métaphores alors que le sens figuré n’est ni fixé par des précédents ni facile à deviner, soit qu’ils sont combinés de manière incohérente.

Dans la satire du management de Dilbert, la fonction intimidante des buzzwords domine tellement que l’utilisateur d’un buzzword peut n’avoir lui-même aucune idée de ce qu’il signifie [4].

Exemples de buzzwords en vogue depuis 1980

Termes anglais

L’anglais, langue de prédilection des décideurs, est la source principale des buzzwords : Best practices, Breakthrough, Business angel, Business-Centric, Business to business,

Business model, Cloud Computing, Cost Driver, Datawarehouse, Diversity, Empowerment, Enterprise Service Bus, E-business, E-commerce, E-marketing, E-merchandising, E-procurement, Framework, Groupware, Habits of mind, Holistic, Knowledge, Leadership, Leading edge, Leverage, Middleware, Next generation, Paradigm

(or paradigm shift), Perspective, Polychronistic time, Seamless integration, Standpoint, Sustainability, Synergy, Total business solutions, Trend setter, Triple play : un mot qui a suivi une intéressante évolution, Vendor leverage, Web engineering,

Web 2.0 et Web 3.0

Buzzwords français

Acter, Articulation, Buzzword, Déclinaison

Décryptage, Calibration, Chantier, Créativité, Déploiement, Démarche, En termes de Faisabilité, Fédérateur, Gagnant / gagnant : terme permettant d’éviter d’expliciter les réels apports relatifs positifs à chacune des parties impliquées dans l’échange, la relation,… et notamment d’éviter de mettre en évidence le déséquilibre de ces apports…,  Géomarketing, Gouvernance, Grands axes Impacter  Impulser Initier une réflexion, Innovation,

Intégration, Lisibilité, Logique (de), Management global, Matricie,l Mutualisation, Opportunité, Optimaliser, Paradigme,

Plan de transformation : optimisation de quelque chose qui ne fonctionne pas (à ne pas confondre avec réorganisation) Problématique, Process, Pyramidalisation, Qualification, Réversibilit,é Schéma directeu,r Segmentation, Structurant, Synergie

Technologie au lieu de technique, Workflow unifié/unification : grand mot à la mode dans lestélécoms, les médias (communications unifiées, réseau unifié, offres unifiées, messagerie unifiée, etc.) avec des mots voisins comme « convergence » (convergence des réseaux, des services, fixe-mobile, etc.) et « intégré/intégration » (en perte de vitesse), Pôle : terme tendant à montrer l’importance  d’une activité au sein d’une administration, d’une région (pôle de compétitivité, d’information, universitaire, etc.), d’une entreprise (synonyme de département, division, etc.). Le reste du monde gravite autour.

Notes
et références

  1. Site Dilbert.com [archive].
  2. ASAP = As Soon As Possible (dès que possible).
  3. Kerviel ou le roman d’un tricheur [archive].
  4. Dilbert Paradigm [archive].
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